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Author: Léo Villeveygoux <leo.villeveygoux@etu.u-bordeaux.fr>
Date:   Fri,  2 Dec 2016 00:02:48 +0100

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diff --git a/quotes b/quotes @@ -0,0 +1,908 @@ +Attention, ce flim n’est pas un flim sur le cyclimse. Merci de votre compréhension. +Entre l’Australia et la South América, dans l’océan South Pacific : l’atoll de Pom Pom Galli. +V12 appelle le capitaine George Abitbol, V12 appelle le capitaine George Abitbol. Quelqu’un vous demande sur le pont. +Qui ? +Un dénommé José. +OK, j’arrive, V12. +Ah, voilà enfin le roi de la classe ! L’homme trop bien sapé, Abitbol ! +Alors comme ça tu as été élu l’homme le plus classe du monde ! Laisse-moi rire ! +Style le grand play-boy des fonds marins, genre qui fait rêver les ménagères. Sauf que moi je les baise, moi, les ménagères, non ? C’est pas vrai ? +Écoute-moi bien, mon petit José. Tu baises les ménagères, bien, tu dois avoir le cul qui brille. Mais c’est pas ça qu’on appelle la classe. +Je te dis ça en qualité d’homme le plus classe du monde. +Eh, je t’arrête tout de suite. La classe, c’est d’être chic dans sa manière de s’habiller. +Rien de tel que d’aller chez Azzedine Alaia… ou même de s’acheter des sous-pulls chez Yohji Yamamoto ! +Excuse-moi de te dire ça, mon pauvre José, mais tu confonds un peu tout. +Tu fais un amalgame entre la coquetterie et la classe. Tu es fou. +Tu dépenses tout ton argent dans les habits et accessoires de mode mais tu es ridicule. Enfin si ça te plaît… +C’est toi qui les portes. Mais moi, si tu veux mon opinion, ça fait un peu… has been. +La vache ! +Moi, j’ai l’air has been ? +J’en ai pour plus d’une barre de fringues sur moi. Alors, va te faire mettre ! +Tu n’es vraiment pas très sympa. Mais le train de tes injures roule sur le rail de mon indifférence. +Je préfère partir plutôt que d’entendre ça plutôt que d’être sourd. +Bien ! Considère qu’on n’est plus amis, Abitbol ! +Tiens, regarde ! Les Anglais ont débarqué. On va être obligés de passer par derrière. Tu sais, par ce tunnel tout sombre qui sent pas très bon. +Oh, George ! Quel poète, vous me surprenez. On ne m’a jamais parlé comme ça. J’ai connu des hommes, mais jamais des comme vous ! +Eh, tu sais à qui tu parles, là ? +Oui ! +Abritons-nous, ça va pas tarder à péter ! +Oh, et encore c’est rien ! +Classe, bravo. Bon, pousse-toi, laisse-moi passer. +Bon V12 c’est quoi ce bordel alors ? +Ben ce bordel c’est qu’il pleut comme vache qui pisse ! +Ah bravo, merci du renseignement. +Heureusement que tu es là. +Mais patron ! +Quoi patron ? Tu veux que je dise à tout le monde que ton vrai nom c’est pas V12 c’est travers de porc sel-poivre ? +Bon, je vais chercher des serviettes-éponges avec des imprimés dessus. Ah, celle-là. Non. Celle-là… Ah, celle-là, ça va. +Ça, c’est bon, c’est épongé. +Ça, c’est bon, c’est réparé. +Ça, ça roule. +Oh putain et ça ? Faut pas laisser ça comme ça les enfants ! +George ! George ! Oh mon Dieu George ! Oh ! Oh ! +Aah… Monde de merde. +Oh George… +Et puis je vous rappelle la principale information de cette édition, la disparition subite de George Abitbol, qui depuis plus de 15 ans portait officiellement le titre de l’homme le plus classe du monde. +L’Amérique vient de perdre un de ses plus prestigieux ambassadeurs. +Et maintenant, un petit peu de musique avec Alain Souchon. +Oh non, pas lui ! (Il éteint la radio.) +Salopes ! +Bonjour patron, je peux entrer ? +Ah Dave, tu tombes bien. Entre. +On prépare un dossier sur George Abitbol. Tu vas te mettre sur le coup, mais tu seras pas tout seul, tu seras avec Peter et Steven. +Peter et Steven, je les aime bien. Mais pourquoi je peux pas travailler seul ? +Parce que tu es trop mauvais. +Ah ben là patron vous m’avez convaincu, c’est une bonne raison. +Je vais travailler avec Peter et Steven. +Ben alors ? +Ben OK, j’y vais. +Ce charlot ? Je savais pas qu’il existait encore. +Va falloir vous y habituer parce qu’il va travailler avec vous sur ce dossier. C’est une idée de notre ami Callaghan. +Une idée lumineuse ! +Roh arrêtez vos conneries, patron. C’est mon fils, mon fiston. Pff. +Je sais pas pourquoi, il s’est attaché à moi. Alors, je l’aide. +Ben peut-être qu’il avait personne d’autre à qui s’attacher. Mais de quoi on parle ? +Je vais te dire de quoi on parle. +Où vous en êtes avec la nécro de George Abitbol ? +Vous bossez un peu ? +Mmh ? +On vient de s’y mettre, mais on a déjà quelques petites idées. +On va interroger des tas de gens, tous ceux qui l’ont aimé, qui l’ont haï, bref tous ceux qui l’ont approché qui l’ont connu. Ça fait déjà du boulot. +Quoi d’autre ? +Ah et puis c’est pas tout. +Oui, on a pensé qu’on devait expliquer ses dernières paroles. +Monde de merde ? Vous avez raison. +Oui, on en a chié pour trouver cette idée, on a été charrette. +L’homme le plus classe du monde meurt, et ses dernières paroles c’est « monde de merde ». Pourquoi il a dit ça ? C’est ce que je veux savoir. +Merci, c’est pas facile à trouver. +C’est sûrement un nom. Si c’est une femme, je veux savoir quelle femme, si c’est un cheval je veux savoir dans quelle course. +Nous, on pensait que ça pouvait être un traineau. +Bonjour. C’est moi, Orson Welles, et ceci est ma maison que vous voyez, derrière, là. Pas mal, non ? C’est français. Je me permets d’interrompre ce flim parce qu’on se fout un peu de ma gueule. C’est du vol et du plagiat. J’aime pas trop les voleurs et les fils de pute. +Dans ce film le héros meurt au début et des journalistes décident d’enquêter sur ses dernières paroles, comme dans Citizen Kane. J’appelle ça du plagiat. +Les journalistes vont interviewer des gens sur le héros. Vous allez voir que les témoignages, ça va être des flashbacks. Je le vois trop arriver. +(Quelqu’un tire sur Orson Welles.) +Argh, Rosebud ! +Bon, et à part ça ? +Ben à part ça on est un peu coincés, on n’a pas l’ombre d’une piste. +Vous savez qu’il a vécu au Texas la moitié de sa vie. Vous cherchez par là. +Faut chercher par là, faut chercher par là… Vous êtes gonflé, vous. Chercher par là. +Bravo, quel enthousiasme. +Mais au fait, j’y pense, Callaghan, il devrait pouvoir vous aider, depuis le temps qu’il est là, payé à rien foutre, autant qu’il serve à quelque chose ce gros porc. +Je suis peut-être payé à rien foutre, mais mes tuyaux, je les garde pour mon fils. +Mais comprenez-moi mes amis, c’est mon fils, ma bataille, c’est le fruit de mes entrailles quoi. +J’avais un nom et une adresse, ben je lui ai donné. +Oh le lourd. +On dirait que ça vous emmerde, je me trompe ? +Connasse. +C’est vous qui m’avez traitée de connasse ? +Mais non. +Vous savez c’est pas très agréable. +Bonjour, je viens voir un certain monsieur Hugues. +Euh c’est quoi ça ? +Oh va te faire foutre. +Vous dites que j’aille me faire foutre ? Euh OK, j’y vais. +Ttt, quel con ! +Bonjour Monsieur, vous cherchez quelque chose ? +Oh ! Euh, vous devez sans doute être monsieur Hugues ? +J’ai une lettre à vous montrer. +Avant de me la montrer, je voudrais bien vous poser une question. À qui ai-je l’honneur ? +Dave, je suis le fils de monsieur Callaghan. +Faites-moi voir votre papier, là… Vous faites une enquête sur George Abitbol, l’homme le plus classe du monde ? +Oui ! Vous l’avez connu, vous, hein ? Mmh ? +Vous savez, George je l’ai connu au temps du Texas. Il est encore cowboy. À l’époque, j’étais moi-même cowboy, je vivais avec Jacques, un bon copain. Il y avait rien de sexuel entre nous. Je dis ça parce que je me suis souvent fait traiter de pédale, de salope et c’est facile de traiter les gens de pédés, tout ça parce que deux garçons vivent ensemble dans un ranch et portent des pantalons en cuir. +Bref, un jour un cavalier est arrivé à fond les ballons avec une lettre. +Eh, les pédés il y a une lettre pour vous ! Tenez. Bonne bourre ! +Pauvre con, va ! +Bon, il y avait quoi dans cette lettre ? +J’en sais rien. C’est pas moi qui l’ai lue, c’est Jacques. +Bon ben racontez-moi des choses que vous savez, pas du rien ! +OK, OK, du calme. Je sais pas ce qu’il y avait dans la lettre, mais après on est partis à cheval vers la ville de George. +Ah j’en ai marre. Ah je te jure, les voyages à cheval ça me fatigue. +Qu’est-ce que tu as ? +Oh j’ai que je commence à en avoir vraiment marre des voyages. Je rêve d’un bon bain dans une bonne auberge. +Ah je te jure. J’ai les pastèques. +Yep. Yep. Yep. Yep. Yep. +Ben qu’est-ce qui te prend à dire « yep » comme ça ? +Ben c’est pour dire « yep ». +Ah, c’est pas banal, ça. +Chaud devant ! Et voilà, la spécialité du chef. +Parfait, ça a l’air super bon ! +Bon, maintenant qu’on est là, tu vas peut-être me dire pourquoi on est venus ? +Tu reçois une lettre mystérieuse, et on arrive en courant. +J’aimerais bien savoir ce qu’il y avait dedans. +Ah, c’est une longue lettre épistolaire de mon ami Dino, qui m’appelle à la rescousse pour me demander de l’aide, pour George qui va mal. +Qu’est-ce que ça peut te foutre qu’il aille bien ou mal, ce tâcheron ? De toute façon, j’ai jamais pu l’encadrer. +Merci de m’appeler tâcheron ! Ça fait toujours plaisir à entendre, surtout de la part de deux pédés. Vous savez ce que vous mangez, là ? +Non ? +C’est du steak avec des boulettes d’entre les doigts de pied. Ça a bon goût. +C’est très agréable, Monsieur, je vous remercie. +Et la sauce c’est de la morve séchée. +Tais-toi, tu fais chier. Tu vas finir par les dégoûter. +Mêle-toi de tes affaires, toi. Tu sais bien que madame Felipe, la patronne se coupe les morceaux de nichon pour en faire des ravioles. +C’est dégueulasse, merde ! +Attends c’est censé être l’homme le plus classe, il va sans doute nous présenter ses excuses. +Tu sais tes excuses tu peux te les coller au cul, tout comme ton bifteck, sauf que le bifteck, ça sert à rien, le patron l’a déjà fait. +Il a craché dessus. +Ah non, pas craché. Le patron, il crache pas dans les plats. +Allons, vieux, même dans les grands restaurants on crache dans les plats, alors dans ce taudis, je vois pas pourquoi ils se feraient chier. +Allez, je vous laisse manger, bon appétit. +J’ai connu un mec de droite une fois, il avait dix fois plus de classe. +Ah, encore une chose. Je vous conseille d’éviter la mousse au chocolat du patron. +Et qu’est-ce qui s’est passé après ? Respirez bien. +Après, tout ce que je sais c’est que j’ai eu un accident. J’ai été blessé. Alors, je me suis réveillé amnésique et j’arrivais plus à me souvenir de rien. +Vous avez d’autres choses à me raconter ? Sur George ? +Je refuse de manger des ravioles. Mais par contre, je peux vous parler de madame Felipe. Elle s’est fait refaire les nichons, elle. Et je sais de quoi je parle. +Et George, dans tout ça ? +Ben justement, une fois j’étais chez les Indiens bilingues. +Salut, Hugues ! +Hugh. +Hello ! +Salut, Hugues ! +Hugues, salut ! +Salut les gars, je suis content de vous voir. Comme je passais par ici, je pensais m’arrêter un peu, à moins que vous vouliez que je parte ? +Tu peux rester. Pas de problème. Je suis même content que tu sois venu chez nous. +J’aimerais bien que tu restes. On va manger des chips. +Tu entends ? Des chips ! C’est tout ce que ça te fait quand je te dis qu’on va manger des chips ? +Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu dis rien, tu fais la tronche ou quoi ? +Tu me rappelles George, politiquement. +George ? Qu’est-ce que j’ai à voir avec George ? Rien en fait ! +Parce que si on réfléchit bien, moi je suis un vrai démocrate. +George est un fasciste de merde. Un fasciste de merde ! +C’est exact. Au temps pour moi. +Oh, et qu’est-ce qui lui est arrivé, à ce chef indien ? +Après, il a fait justicier dans la ville. Mais aujourd’hui, il a fini de frimer. On l’a retrouvé assassiné un jour. Il en est mort. +Pfft ! Dites-moi, le numéro de votre ami Jacques, c’est bien celui qui est noté là ? +Oui. +Je vais le donner à mes collègues. Faut qu’on l’interroge. +Allo Peter ? Prends un papier, je vais te donner le numéro d’un certain Jacques, faudrait l’interroger. Alors c’est le 19 94 0 18 13 24 32 49 26 24 40 4 16 70933, 16 moins 4 euh, attention il y a un piège… +16 moins 4, 12. Bon euh merci, on l’appelle. Ciao. +Bon on se rappelle, à plus tard. +Bonjour, vous êtes bien chez Steven, je ne suis pas là, mais vous pouvez laisser un message après le bip sonore. Merci, au revoir. +Je viens de recevoir un coup de téléphone de Dave. Tiens, c’est le numéro de Jacques. +Tiens regarde, ça c’est le numéro de Jacques. Je l’ai trouvé aux archives. Le numéro qu’il t’a filé, Dave, c’est de la connerie. Il commence vraiment à me faire chier, Dave. +Moi ce qui me fait chier c’est les effets spéciaux minables. Je supporte plus. +Oh ben là je te trouve un peu dur, on croirait entendre un pro des effets spéciaux. +Oh ben moi quand tu veux. Tiens, tu connais l’effet spéciau de la sonnette ? Dring ! Tiens, dring, dring, dring ! Tiens, et dring dring ! +C’est super impressionnant. +Et après je te fais dring ! Et puis dring ! Et puis même encore dring ! +Oh putain je suis impressionné. +Allez un dernier, dring ! Maintenant, tu appelles Jacques. +Rheuuu. +Allo, monsieur Jacques ? +Absolument. +Bonjour je vous appelle parce que j’enquête sur George Abitbol et j’aimerais beaucoup recueillir votre témoignage. (À Peter.) C’est bon ! +Écoutez, n’y voyez aucune mauvaise volonté de ma part, mais je tiens à vous dire que je n’ai pas beaucoup de temps. Alors pour George Abitbol, je veux bien faire un effort. Mais il faut pas me prendre pour la bonne poire. +Je vous remercie, vous êtes très gentil. Attention, j’ai bien dit gentil, j’ai pas dit homosexuel, hein. J’ai dit gentil parce que dans le témoignage de Hugues il est noté que vous êtes parti dans la ville de George en ayant reçu juste une simple lettre. Qu’en est-il exactement ? +Absolument. Je pense que vous faites allusion à cette missive que nous reçûmes un jour, Hugues et moi. Cela avait l’air urgent, à en croire la hâte du cavalier du Poney Express. +En effet l’expéditeur avait pris soin d’écrire au dos de l’enveloppe « presse le pas, facteur, car l’amitié n’attend pas ! ». La lettre provenait d’un ami, Dino, qui me demandait de lui venir en aide. +Bref, en un mot comme en cent, nous nous mîmes en route promptement. +Oh, tu nous fatigues, qu’est-ce qu’il y a encore, tu n’arrêtes pas de te plaindre ! +J’ai faim. +Écoute-moi bien Hugues mon ami, plus que quelques kilomètres et nous serons dans une bonne auberge. +Quel trouble-fête ! +Yep. Yep. +Je vous interromps, excusez-moi, mais cet épisode nous a déjà été raconté par Hugues. Peut-être pourriez-vous nous parler de ce qui vous est arrivé après ce repas dans la bonne auberge, hein ? +Absolument. Après déjeuner, il était temps que je me misse à l’ouvrage, j’allâme voir mon ami Dino. +Ooh ! +Ben Dino, mon pauvre ami ! Ça n’a pas l’air d’aller bien fort. +Oh, euh, pourquoi vous vous êtes mis dans cet état déplorable ? Vous qui écrivez de si belles lettres ! +Ça va plus du tout. J’ai plus envie de boire ni de manger. J’ai plus envie de me peigner. Je suis limite nervous breakdown. Boah et puis merde, j’ai même plus envie de me laver ! +Vous allez pas me dire que c’est à cause de George, quand même ? +George ? Vous pouvez pas savoir. Il est devenu insupportable. +Mais c’est pas une raison pour plus vous laver les joues, vous êtes malade ou quoi ? +Mais faut arrêter ! +Ce que j’arrête, c’est les pin’s, vieux. Ça me fait plus marrer. +Oh mais dites-moi, vous savez que vous avez l’air pitoyable ? Parce que pour arrêter votre collec’… +Ça vous embête si je regarde votre pin’s ? +Shera… Sheraf ? Connais pas. +Parce que moi aussi je peux me vanter de ma collec’, moi. Ça fait un moment que je l’ai, et c’est pas une collec’ de pédé ! +Sauf que celui-là je le connais pas. Sheraf. +Inconnu au bataillon. +Sheraf. Tu connais pas Sheraf ? C’est un groupe, ils étaient number one. +C’est pas une raison pour vous laisser aller et ressembler à une larve. +Regarde mes mains, saloperie ! Regarde, je me suis niqué les mains, moi, avec cette saloperie de collec’ de pin’s à la con. +Bon, euh moi j’y vais. Merci pour les pin’s. +Et vous inquiétez pas, euh, tout va s’arranger. Et comme on dit chez nous, lehaïm ! +Lehaïm ! +Bonsoir ! +Pédé ! +Ben ! Ben c’est pas banal. +Ça commence à être pesant cette histoire de pédés. Tout le monde s’acharne sur nous alors qu’on n’est même pas pédés. +Ben oui, je sais. T’inquiète pas, je vais aller le voir dès demain, George. +Allez, bonne nuit ! +Ouais. +Dors bien. +George, il faut que je vous parle. +Je sais bien que sous prétexte que je suis gentil, les gens me prennent souvent pour un truffon. Soit, j’en prends mon parti. +N’empêche, je crois qu’on a à parler. +Visiblement, vous n’allez pas bien. Laissez-moi vous aider. +Casse-toi, Jacques. +Oh ça, mais vous refusez le dialogue ? +Exactement, je veux pas qu’on parle. Je veux que tu quittes la ville. Tu as intérêt à te casser avant neuf heures. +Mais George, rassurez-moi… +Vous seriez pas un peu en train de me prendre pour un con, des fois ? +Si, complètement, même. +Ah. +Et casse-toi, maintenant. +George, vous me décevez. Je m’attendais à plus d’ouverture d’esprit de votre part. +Tu parles. +Je vous aiderai, malgré vous. +(L’horloge indique neuf heures moins dix.) +Rester en ville malgré les menaces de George, je trouve ça drôlement courageux de la part d’un pédé comme vous. +Eh, bon, c’est fini, oui ? Ça, c’est une rumeur. J’ai jamais été homosexuel, et encore moins pédéraste. +C’est fou que vous ayez tant de complexes. +(L’horloge indique neuf heures moins cinq.) +Allez, dites-le que vous êtes pédé ! +Avouez, vous êtes en train de choper la honte. +Et quand bien même je serais homo, je vois pas ce que ça change. +En string vous devez être bonne. +Sois prêt. C’est bientôt l’heure. Cigarette ? +(L’horloge indique neuf heures moins une.) +Bon, très bien, je vais tout vous dire puisque… +(George tire un coup de feu.) +Oh ! Il est neuf heures ! +Neuf heures ! +Il est déjà neuf heures, là ? +Sur mon front il y a pas marqué radio-réveil. +À part ça, vous avez la classe ! +Tu vas voir la classe. Putain de zen. Nardine. +Où ça nous mène, la folie des hommes. On court tout droit à notre perte. +Hé patron, j’ai trouvé de la dynamite. +Ça me donne une idée. +Eh, les minables ! Il y a pas que moi qui suis pédé, il y en a un autre et il s’appelle George ! +C’est ça, cause, cause. Salaud ! +Et toi, sale parasite, casse-toi ! +Ça il va le payer ! +Ouais. +Il devait être nerveux, le George, pour s’énerver comme ça. +Vous voulez que je vous raconte la fin de l’histoire ? +Oui s’il vous plaît, Monsieur. J’imagine que vous avez dû appeler la police. Vous étiez dans votre droit après tout. +Pas du tout, nous avons réglé cette histoire entre hommes. +Ah bon ? +Absolument. Voyez-vous, Hugues fut gravement blessé. George est venu s’excuser immédiatement. +George, s’excuser, immédiatement ? +Absolument. +Quelle classe ! +Absolument. +Hugues. +J’ai su que tu étais blessé. Je suis venu m’excuser. +Il fallait y penser avant, au lieu de venir pleurer dans ma chambre. +Ouais, c’est vrai, c’est minable. C’est tout moi, ça. Mais j’espérais tout de même te faire… plaisir. +Mon plus grand plaisir serait que tu te calmes, gros blaireau. +Eh oui. Je m’énerve. +Ah ben donc si je résume, George n’a eu à vous faire qu’un mea culpa. +Dites, vous êtes drôlement gentil, vous. +Arrêtez de dire ça. Je suis pas gentil, c’est pas vrai. Quand je m’énerve, je me mets dans des états dingues. Je suis méconnaissable. +OK, excusez-moi. Je peux vous poser une dernière question ? +Absolument. +Voilà, euh, à quoi vous pensez si je vous dis « monde de merde » ? +Au revoir. +(Jacques raccroche.) +Pourquoi tu as choisi de faire ce boulot-là, toi ? +Ben si je fais journaliste c’est évidemment pour être célèbre. Moi je veux être connu. Tu sais pourquoi ? Pour niquer les gonzesses. Quand tu es célèbre, tu niques plein de gonzesses. Et puis aussi tu bouffes des trucs bien meilleurs qu’ici. +Et moi pour les gonzesses je suis super d’accord avec toi. Mais pour la bouffe je vois pas ce que tu veux dire. Tu aurais envie de manger quoi exactement ? +Ben je sais pas, par exemple une quiche lorraine. +Une ouiche. +Quoi ? +On dit « une ouiche lorraine ». +Tu es sûr ? +Ça fait bizarre, « ouiche lorraine ». +Bon, on va où, là ? +Ben on va voir Dino, le mec qui a écrit la lettre à Jacques. +Attention ! Quels connards ces piétons ! +Ouais. +Qu’est-ce que tu disais, là ? +Hein ? Oh rien, rien, des conneries. Laisse tomber. +Je sais pas toi, mais moi le mystère s’épaissit. +Messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue. D’ailleurs, il faut pas rester debout, asseyez-vous, mettez-vous à l’aise. +Merci Monsieur, c’est très gentil. +C’est une leçon de savoir-vivre. +C’est naturel. Mais dites-moi plutôt ce que je peux faire. +Oui alors voilà. Nous sommes journalistes et nous voudrions savoir où vous avez connu… +George Abitbol. +Euh, ah oui. George Abitbol. +Où j’ai connu George ? +C’est une excellente question. À la ferme. +La ferme ? Quelle ferme ? +Ah la ferme ta gueule toi, ducon, espèce de crétin. Qu’est-ce que tu veux, nous prendre la tête, là ? Pauvre con. +Oui je l’ai connu à la ferme. On était des cowboys. On vivait à la ferme, ça a rien d’étonnant. +Merci, c’est très agréable. Non mais c’est vrai, je me fais engueuler devant des journalistes qu’on connaît même pas. +C’est classe, bravo. +Oh ça va, on vous fait pas chier, là ? Non c’est sûr. Non mais je rêve. Dites-moi, vous avez envoyé une lettre à Jacques il me semble. C’était quoi, cette lettre ? +Eh bien, cette lettre, c’est vraiment très simple. J’avais un problème avec George. J’ai écrit à mon vieil ami Jacques. +Mais si vous le voulez bien, je vais tout vous raconter depuis le début. Vous savez, j’arrivais d’Italie, de Turin. À l’époque j’étais supporter de la Juventus. +(Un coup de feu retentit.) +OK, j’arrive ! Arrête de tirer sur oim. +Mouais. +Viens ici. +Qu’est-ce que tu fous avec les bras en l’air ? Je t’ai dit de les lever ? +Baisse tes bras, c’est moi qui les lève. +Ah non, c’est à moi de les lever. +Non, c’est à moi de les lever. C’est moi qui décide. +Et puis d’ailleurs, arrête de faire tout comme moi. +Baisse les bras et prends ton flingue, au lieu d’être là à me copier. +Mon flingue ? Avec plaisir. +Tout compte fait, je préfère garder mon flingue. Désolé. Et je vais partir avec mon cheval, vieux. +Il y a pas de problème, comme tu veux. Je vais juste le préparer pour toi. +Non, j’ai changé d’avis. Tu prends le cheval et tu te casses. +OK. +Putain je me suis mal démerdé ! Pourtant, j’ai pas fait une concession ! +Le temps a passé… Je pensais ne plus jamais revoir ce type, mais un an après, nos chemins se sont croisés une nouvelle fois. +Je fréquentais alors un bar que le patron, un certain Bazounga, avait intelligemment baptisé le Orlando’s. +Mais je te reconnais, toi, je t’ai déjà vu quelque part. Je suis sûr que je te reconnais. +Désolé, mais c’est moi qui te reconnais. Je t’ai vu le premier. Toi tu m’as vu en deuxième, vu ? +Ben je t’ai vu le deuxième alors, voilà. +Perdu ! C’est aussi moi qui t’ai vu le deuxième. +Oh dis donc, tu es super fort. +Mais je suis pas super fort, je suis mieux que ça même, je suis surpuissant. +Bon, ben lui il va me prendre la tête. +Ça fait plusieurs fois que je te croise. Tu es toujours sur mon chemin, tu veux quoi ? +Mais c’est peut-être toi qui es sur mon chemin, pas moi. +C’est pas mal, ça, le pin’s sur la cravate. +C’est la classe. +Mais au fait, toi d’où tu viens ? +Moi, je suis juif. +Tu es juif, toi ? +Oh oui je suis juif. Et si tu veux tout savoir, je suis même juif arabe. +Juif arabe ? Je préfère les séfarades, tu sais. À mon avis, juif et arabe c’est bizarre. +Moi j’aime pas les gens bizarres. +Oh merde. Je peux pas encadrer les nazis. Mais laisse tomber. +Précise ta pensée ? +Pour être tout à fait exact… +Oui ? +Je pense que tu es un ouf, toi. Un ouf malade. +Mmh. +En plus, c’est du racisme. +Ça c’est ton opinion personnelle, que je suis raciste. +Si tu veux mon avis, s’il y a un raciste ici, c’est oit. +De toute façon, ça sert à rien de discuter avec toi, tu as toujours raison. +Si, ça sert de discuter. C’est toi qui as toujours raison. +Qu’est-ce que j’apprends, Frankie ? Espèce de malhonnête. +Il paraît que tu as des propos intolérables, où il y a pas de tolérance ? +Tu sais donc pas que c’est pas bien, d’être raciste ? Que c’est mal ? Qu’on ne doit pas faire de discrimination raciale, c’est mal. +Juger les gens sur leur religion, c’est mal. Sur leur couleur de peau, sur leurs origines sociales ou sur leur nationalité, c’est mal. +OK, puisque je vois qu’on peut pas discuter, on va faire un duel. +Enculé de ta race ! +(Frankie tire.) +(Jacques tire.) +J’adore les duels inoffensifs. +Et maintenant, casse-toi. +La prochaine fois, je m’occuperai de toi avec de vraies balles. +Et ça chauffera pour ton cul. Sale Français ! +Oh, je suis même pas Français. Je suis Américain. +Non, tu es Français. Moi, je suis Américain ! +Et voilà, c’est pour ça que je l’ai appelé mon vieil ami Jacques. Je veux pas dire, mais c’est un mec qui a vraiment plein de qualités. +Ouais, moi je me demande quand même s’il était pas un peu con. +Parlez-nous du contenu de cette lettre. +Euh oui s’il vous plaît. À moins que ça soit privé et que vous ayez des principes. +Mais c’est privé, et j’ai des principes. Mais comme vous m’êtes sympathiques, je vais vous raconter ce qu’il y avait dans la lettre. +Merci, c’est gentil à vous. +Il y a pas de mal, vous m’êtes sympathiques. +C’était un soir. J’avais le spleen, le blues. +Mon cher Jacques, je vous écris parce que j’ai besoin de vous. +C’est George qui a besoin d’aide. Il ne supporte plus la vie au Texas, pas de clim’ quand il fait chaud, pas de téléphone, pas de télé, pas de chauffage… +Bref, il supporte mal de ne pas avoir une vie moderne. Ça le rend irritable. +Hier… +Bonsoir George, j’aimerais beaucoup vous parler. +(George lui met un gros pain dans la face.) +Si tu veux me parler, envoie-moi un… fax ! +Un fax, non mais des fois. Faut vraiment qu’il aille mal. +Et en plus avant c’était pas comme ça. Avec George, je me souviens, on passait des après-midi entières à rester dans notre chambre à se chamailler gentiment, à se raconter des souvenirs… +Tu veux que je te raconte un souvenir ? +Un souvenir ? Oh oui. +Laisse tomber, tu te fous de ma gueule ? +Oh non je me fous pas de votre gueule, jamais de la vie. +Eh bien, je vais te raconter l’histoire de ce malade qui s’est pointé un soir dans ma chambre d’hôtel. Un putain d’énergumène. +Bonsoir. Qu’est-ce que vous faites dans ma chambre ? +Vous avez un truc à me demander ? +Aime-moi tendre, aime-moi vrai. +Ça veut dire quoi ces conneries ? +Ça veut dire aime-moi tendre et aime-moi vrai. +Moi ce que je vois, c’est que dans deux secondes je vais te botter le cul. +Bon écoute, tu peux faire tout ce que tu veux mais évite de marcher sur mes chaussures en suédine bleue. +C’est quoi ça ? +Ne sois pas cruel. Un pour l’argent, deux pour le spectacle, et trois pour le caillou. +Et voilà, c’était mon souvenir. En tout cas s’il cherchait pour du trouble, il est venu à la bonne place. +Voilà. Malheureusement aujourd’hui c’est bien fini. George n’est plus le même homme. +C’est pourquoi vous devez venir, mon cher Jacques. +Et voilà, je pense que maintenant vous voyez mieux le type de problème que j’avais avec George et pourquoi j’ai écrit cette lettre. +Tu peux me dire ce qu’on fait dans ce flim, Bob ? +Oui je pourrais, mais d’abord faut sucer. Ah ça va, je plaisantais, détends-toi. On a rien à faire là, ça doit être une erreur dans l’enchaînement des flashbacks. Ça devrait pas trop durer. +Ça m’a l’air d’un bordel… +Attention, on tourne à droite. (Ils se penchent à droite.) Un, deux, trois. Restabilisation. (Ils se redressent.) +Attention, on va plonger. +(Ils se penchent en avant.) +Immersion de l’astronef. +(L’astronef plonge.) +J’ai un de ces mals de bide, moi. Ça c’est le hamburger, ça. J’arrive pas à le digérer. Tu avais raison, on aurait dû prendre une ouiche lorraine. +Moi je suis sûr qu’on dit « quiche ». Enfin bon… +M’emmerde pas avec tes histoires, je te dis que j’ai mal au bide, j’ai la méga chiasse, putain, la méga chiasse ! +Ben excuse-moi ! +Excuse-moi, mal au bide, tu sais ce que c’est ? Faut que j’aille chier, bordel de… faut que j’aille chier, faut que j’aille chier rapidos ! +Alors une, tu poses mon bouquin d’exercices isométriques tout de suite. Merci. +Et deux, on pourrait savoir ce que tu fais dans mon bureau, s’il te plaît ? +Rien. À part que je viens d’avoir une information qui mérite la une. +La mort de George n’était pas accidentelle, il s’est fait assassiner. +Et on peut savoir comment tu sais ça ? +Ah ben c’est très simple, j’ai eu le tuyau par un dénommé Gorge Profonde. +Ah ben merde alors, Gorge Profonde ? Mais c’est incroyable, ça. +Moi maintenant de toute façon j’ai fait avancer l’enquête. +Et on peut savoir, euh, ça veut dire quoi ça ? +Mmh… rien. À part que toi et ton copain Peter vous êtes un peu à la rue. +Eh mais t’es un minable ! Et tu te crois le meilleur journaliste du monde ? Mais c’est incroyable, ça. +« Meilleur journaliste du monde, incroyable ça ! » +Bon maintenant tu arrêtes ! Parce que je te ferais dire que pendant qu’on parle, Peter il a la méga chiasse. +Alors un peu de dignité, s’il te plaît ! +Ah, et puis je voulais te dire un truc à propos de Gorge Profonde. +C’est mon indicateur ! Alors, touche à ton cul. +Excusez-moi, Messieurs. +Euh, Peter il fait du boucan dans les waters. +Wow. Steven ! Tu vas pas me croire. J’ai plus mal au bide. Je suis guéri. Par contre, on ne peut plus rentrer dans les chiottes, il y en a partout. +Merde, allez ! (Ils courent vers l’ascenseur.) Patron ! Patron ! On a un problème, faut qu’on vous parle. +Du dossier George Abitbol ? +Non, des chiottes. Peter les a bouchées. +Ce n’est pas de ma faute, patron. +J’étais malade. +Ça doit être les burgers. +Allô, Peter ? C’est Steven. Alors, écoute bien ce que je vais te dire. Tu vas aller interroger un certain José. +Mmh. Noter… Dire… Interroger. José. +Par contre, il supporte pas les journalistes. C’est bon, là, tu notes, là ? +Ben oui, je note. Alors… +Donc vu que s’il sait que tu es journaliste, il te recevra pas. +S’il sait… journaliste… pas. +Ce que tu vas faire, c’est que tu vas te déguiser. +Ce que je vais faire… déguiser. +Eh, tu as tout compris ? +Oui. Mais mon téléphone il marche pas. +Et, tu vas te déguiser comment ? +Ah, je sais pas encore. +Ben, tu as intérêt à trouver un truc bien, hein. Non, mais euh, je te fais confiance, hein. +T’inquiète ! Je vais trouver un truc bien. +Ah, un restaurant mexican food. Zeb ! C’est pas vrai. +Buenas noches. +Mais tu parles espagnol ? +Un poquito. +Et tu crois que tu m’impressionnes ? Moi je sais dire « allons à la plage, monsieur renard » : « vamos a la playa, señor zorro ». Est-ce que tu aimerais te bâfrer un chili con carne ? +Non, merci, je… je suis un peu ballonné. +Je suis pas… je suis pas trop bien. +Mmpf. +Je suis désolé, hein. Il y a pas d’offense ? Par contre, la prochaine fois, avec plaisir. Un bon chili con carne, d’habitude, je suis partant. Mais là, je… je fais un régime, à base de… à base de ouiches lorraines. +Excuse-moi, à base ? +À base de ouiches lorraines. C’est des petites tartes. +Eh, non mais pour qui tu me prends, je rêve ! La fromagerie en bas de chez moi, elle vendait trois choses : du fromage, des ouiches lorraines et de la bouffe chinoise. Alors toi, mec, avec tes régimes à la con, tu me fais bien marrer. +Tu as devant toi le spécialiste de la ouiche lorraine. +Le spécialiste des travers de porc sel-poivre. À vingt-trois ans j’ai gagné le concours du meilleur cuisinier asiatique en leur préparant un… un méchoui. +Un méchoui ? Tu pipeautes pas un peu, toi ? +Jamais je pipeaute. +Eh bien puisque c’est ça, parle-moi de George Abitbol. +George Abitbol c’était loin d’être un pérave. Jamais il se serait vanté comme je viens de le faire sur la cuisine. Humainement, il avait la classe. Moi je préfèrerais avoir sa classe plutôt qu’avoir la mienne. +Moi je suis un peu just. +Vous l’aimiez bien. +Ouais. +Ah, laissez-moi. +Eh, la choucroute ! Si tu veux une saucisse… +C’est trop bien de se déguiser. +Mouais. +Non non, je t’assure. +Abitbol. George Abitbol. Classe, man ! Top of the pop. A disparu… poil au cul ! Au large du port de Valparaiso… Ah, c’est beau ! Mais tout ça nous éloigne de George. +Ouah-pa-pa-doo-ah. Angoisse, fausse angoisse. J’ai plus de repères pour l’instant… Ouah-doo-da-doo-doo ! +Steven, arrête s’il te plaît, j’ai jamais pu encadrer Michel Legrand. +D’accord, d’accord, cha-boo-da-doo-dee. +J’aime pas comme tu conduis, je sais pas, j’ai pas confiance. +Tais-toi, tu m’empêches de me concentrer. +Quand je serai célèbre, je me ferai des meufs ! Mmh je ferai des folies ! Talalalalalalalal… +Steven, arrête-toi c’est insupportable. +Mmh mmh mmh mmh. +(La voiture percute une camionnette, qui vole en éclats.) +Tu sais, à propos de Steven c’est encore plus balaise que moi avec mon déguisement. Il traverse tout le pays pour une interview. Mais lui, il se met vraiment dans la peau du personnage. +Je trouve ça vraiment courageux de traverser l’Amérique de fond en comble… à pied. +C’est du journalisme total. +Eh, il passe par l’Alaska, ce con ! +En plus, monter à pied là-haut, putain faut être con ! +Tu vois, moi, par exemple, autant au début je trouvais ça con de se déguiser, autant maintenant vous m’avez donné envie. Sauf que moi on va pas me reconnaître. C’est comme ça. Un vrai petit caméléon le Dave. Tu trouves pas que je me suis musclé ces derniers temps ? Tu veux voir mon déguisement ? +Tu sais, faut le voir porté. Tu as déjà entendu parler d’Artemus Gordon ? Je pense que tu peux faire beaucoup mieux qu’une simple chemise. +Ça c’est à peine croyable. Je me trouve une panoplie super bien. Une chemise dont je suis hyper fier, et voilà comment on le félicite, le Dave. +Excuse-moi, mais là je pense à Steven. Je me dis qu’il a beau être à pied, il doit sûrement vivre des moments extraordinaires. +Mon cher Peter, ça y est, j’y suis, même si mon déguisement n’est pas encore tout à fait fini ; la casquette ainsi que les bottes ne me conviennent qu’à moitié. +Je sens grandir en moi la flamme qui a dû animer les grands reporters de ce siècle. +Je pense à Albert Londres, Gunter Wallraff et autres Robert Namias. +Entrez ! +Bonjour Monsieur, je suis journaliste et je fais une enquête sur la mort de George Abitbol. +Je sais que vous avez vécu au Texas. Je voudrais recueillir votre témoignage. +Je vous arrête tout de suite. Il doit y avoir erreur sur la personne, je n’ai jamais mis les pieds au Texas. +Laissez tomber votre cinéma avec moi, je sais que vous y étiez. +OK, c’est bon. Mais alors, il faut que je vous dise, je ne me souviens plus de grand-chose. +À vrai dire, j’ai quelques souvenirs très confus. Des visages, comme ça, qui me reviennent de temps à autre. +Je me souviens surtout d’odeurs, de sensations plus que d’anecdotes précises. +D’autant plus que je ne suis pas resté longtemps au Texas. +En fait, je ne vois pas ce que je pourrais vous raconter, si ce n’est deux ou trois vagues choses qui n’ont guère d’intérêt pour un journaliste. +Alors une, je ne m’en souviens pas, deux je ne suis pas resté longtemps, et enfin cinq… il y a pas de cinq. +Très bien. Puisque vous ne voulez pas m’aider, allez vous faire enculer. +Mon cher Peter, me voici en Alaska, malgré le froid, malgré une mule impotente, malgré ma fausse barbe qui me gratte, je continue à croire en mon aventure. +J’ai quand même deux ou trois doutes. +Ben tu vois Dave, il commence à ressembler à quelque chose ton déguisement. +Seulement avec ta tête de Français, là vraiment je suis pas sûr. +Il y a beaucoup de boulot avant de faire comme Steven. Lui, c’est le meilleur. +Je vais la métamorphoser ma tête de Français, tu vas voir. Tu vas pas en croire tes yeux. +D’ailleurs moi aussi je vais au Texas, récolter deux ou trois témoignages. +Sauf que moi je suis pas comme Steven, je prends l’avion. +Mon cher Peter, j’ai perdu beaucoup de temps avec le blizzard. +Je crois bien que j’ai pris froid. +Alors les bouseux, qui va me parler de George ? Qui c’est qui va tout dire à Dave ? Bon, toi tu dis rien, c’est normal tu es une croix en bois, tu as qu’à te taire. Ah, voilà enfin quelqu’un qui va peut-être me dire quelque chose ! +OK, tu veux pas me parler, mmh ? Tu veux que je fasse parler la poudre ? +À mon avis, tu me prends pour un con. Tu m’as l’air bien jeune pour avoir connu cette époque. Une vachette comme toi, ça sent le pipeau ton histoire. Le pipeau ! +Mon cher Peter, me voilà dans le désert. J’ai un nouvel ami, il me suit partout, mais il est un peu con. +Tu me diras, il a cinq ans. +Je me sens seul… +Écoutez, on me l’a dit, que vous étiez fiancée à George. +Ça, c’est ce qu’il voulait faire croire. Et… il y est arrivé. +Vous êtes en train de me dire qu’il a menti ? Vous le traitez de menteur ? +Oh oui ! Un menteur hors pair, et avec bien d’autres défauts que celui-là. +Vous savez, il était amoureux de moi. Mais vous ne pouvez pas savoir ce qu’il était lourd, et collant. +Bien sûr aujourd’hui, j’ai des regrets. Avec le recul je me dis que j’aurais peut-être dû agir autrement, mais c’était impossible. Parce qu’il y avait aucune femme qui aurait voulu de lui à cette époque-là. Il était trop balourd, trop pataud, il voulait pas me lâcher la touffe. +Bonjour Madame. +Madame. Je voulais vous dire, je vous aime. +Ben ça on va le savoir, vous arrêtez pas de me le répéter. Vous savez bien que je ne vous aime pas, George. +Oui, je sais bien. +Mais alors, qu’est-ce que vous voulez ? +J’aime vos seins. Vos loches. +Les bras m’en tombent. +Vous me trouvez pas désirable ? +C’est pas ça, George. C’est pas que vous êtes pas désirable. Mais avec les femmes, vous manquez de tact. En gros. +Dites donc, vos verres, ils sont crado. +Et alors, je suis pas votre bonne ! +Ben, n’empêche qu’une fois que les choses réblblbl… +George ! Je vous ai déjà dit de ne pas parler en buvant, c’est mauvais pour l’estomac. +Burp ! +Excusez-moi Madame. +Moi je pense qu’il avait pas plus de classe que de beurre au cul. J’ai jamais compris comment il a eu le titre. Pourtant, j’aimerais pas que l’homme qui l’a tué vous échappe. +Eh, oh, ça va, hein. Il y a pas le feu, on n’est pas aux pièces. +Mon cher Peter, je touche enfin au but. +Que d’émotion devant cette simple bicoque tant désirée. Que d’émotion, mais que de fierté aussi. +Hervé Claude, Jean-Claude Narcy, faites place, ténors du journalisme ! +J’arrive. +Rentre, fouille-merde. Je vais t’en filer, moi, du biscuit sur George pour ta feuille de chou. +Ça va fuser, les potins, les ragots. +C’est ma profession, moi, de témoigner. Mes témoignages c’est pas de la daube. +Mais je suis un peu surpris. +Quand vous m’avez appelé, vous m’avez dit que vous aviez bien connu George et que vous aviez de vraies informations. +Mais faut pas de vraies informations pour vendre un journal. La vérité, ça n’a jamais intéressé personne. Tiens, regarde George, par exemple. +La vérité, c’est que pendant qu’il était peinard, à faire du cheval moi j’étais super loin sur mon bateau. À la pêche. +Mais faut savoir la rendre excitante, la vérité. +Moi à la pêche lui sur son cheval. +Moi à la pêche lui le cheval. +Ah ouais, c’est bon comme ça. +Bon, on arrête les déguisements, hein. +C’est que des emmerdes. Le journalisme total, c’est totalement con. +Allez ! (Ils courent vers l’ascenseur.) Patron, patron ! Il faut qu’on vous parle, vite ! +Vous voulez me parler des chiottes, peut-être ? +Nan, on veut vous parler de l’affaire Abitbol. +On veut laisser tomber nos déguisements. +On en a marre. +Comme vous le sentez. +Ah ah ah ah… +Mais c’est le sympathique Dave que voilà. Il a remis son ancienne chemise ? +Est-ce que vous voulez être ma femme, et après on boira un café ? +Ça peut marcher. +En y réfléchissant bien, je pense que notre histoire n’a pas une chance sur cent de marcher. On divorce ? +Mmh, mmh, mmh, mmh. +J’imagine que j’aurai pas de pension, radin ! +Monsieur, vous savez parler avec l’accent canadien ? +Ben évidemment. +Il y a qu’à demander. +Mais dites-moi, George Abitbol, vous pouvez m’en parler ? +Monsieur Dave… +Comment vous connaissez mon nom ? +J’ai vu le début du flim. Vous savez parler comme ça en plissant le visage ? +Ça a l’air facile, hein ? En fait, c’est pas évident. +Parlez-moi de George Abitbol au lieu de jouer. +Mais vous pensez qu’à travailler ! Je parie que vous êtes même pas capable de parler comme ça. +Mouais, ça c’est vrai. +Ben faut apprendre, faut pas rester comme ça ! +On vit très bien sans savoir. +Salut, ça va ? +Écoute, j’ai un truc à te proposer, vachement bien, super balaise. +On serait tous les deux complètement irresponsables, payés par la CIA avec un hélicoptère. +Un hélicoptère ? +Un super hélicoptère qu’on a intelligemment appelé Supercopter. +Ouais. +Vendu. +Aaah ! +Oh les cons ! +Regarde, c’est lui, là. +Qui, le jus de tomate ? +Non, l’acteur ! +Dites-moi, vous pourriez nous parler de George Abitbol ? +Essayez de trouver un moyen de raconter votre histoire, même sans ouvrir la bouche. +Ou, ou, ou, ou, vous pouvez la mimer. +Vous êtes un grand acteur, vous devriez pouvoir le faire, n’est-ce pas ? +OK, je vais vous la mimer. +J’étais à la cueillette aux champignons… +Mais bordel, ça doit pas être la saison, c’est pas possible. +Hep, Monsieur ! +Oui, quoi ? Vas-y, parle, qu’est-ce que tu veux ? +Je vais vous poser une question, si vous répondez bien je vous laisse le passage. +Vas-y, dépêche-toi, pose-moi ta question. +Top ! Qui suis-je ? Je suis un animateur de France 3, je suis déguisé en noir. +Mon émission passe tous les soirs à 18 h 35, je pose des questions à des champions, je suis ? +Je suis ? +Tu es… Tu es Julien Lepers, c’est ça ? +Oui c’est ça, je suis Julien Lepers ! +Bien ! Sacré Julien. +Hé ! Votre encyclopédie Larousse ! +C’est après cet épisode que j’ai croisé très furtivement George Abitbol. +Mon chéri ! Nous étions séparés, mais quelle importance, nous sommes réunis. +Tu vois cet homme, là ? +Il est très connu. Par contre avant ça, c’était un parfait inconnu. C’est fou, non ? Qu’est-ce que tu en penses ? +Je pense qu’il est très grand. +Par contre, avant, il était petit. +Hop hop hop ! Et notre répétition de scie musicale ? +Excusez-moi maestro, je saluais des amis philosophes. +Merci de ce témoignage. Dites, j’ai un trou de mémoire, vous pouvez me dire le titre de votre plus grand film ? +Ou, ou, ou, ou, ou, nous le mimer. +Oui, essayez de mimer le titre de votre plus grand film, s’il vous plaît. +Putain, il est costaud cet acteur. +Dis donc, je pensais à un truc. Tu l’as achetée où, ta veste ? +En même temps que mon fute, chez un mec dans les Vosges, tu connais pas. +Ah, ouais, ouais. C’est vrai que tu es vosgien, toi. +Que je vous parle de George ? +S’il vous plaît, oui. +Ce que je peux raconter c’est que moi je l’ai jamais rencontré, George. Je sais que c’était l’homme le plus classe du monde, mais c’est tout. +Moi, je suis un type qui a fait beaucoup pour l’écologie. Je vous assure, c’est vrai, hein. +Tiens, si je vous disais qu’il y a rien que j’adorais plus que les longues chevauchées solitaires dans les grands espaces vierges. La communion intime avec la nature, l’extase des sens, un sentiment grisant de liberté, l’osmose, quoi. +Dites-moi, à propos de George quelqu’un aurait eu intérêt à vouloir sa mort ? +Vous lui connaissiez un ennemi, ou même un rival ? +Oui, j’ai entendu parler d’un type, un dénommé Joël. Il avait un ami manchot. +Abitbol ! +J’ai peut-être qu’un bras, mais… je suis pas manchot ! +Mais naturellement. +En puissance intellectuelle, on va voir ce que tu vaux. +Mais… avec plaisir. +Très bien. C’est une devinette. Qu’est-ce qui a trois bras, un seul chapeau, deux chemises et une veste, un foulard, un pistolet et quatre oreilles ? +Mais c’est toi, et ton… +Mais aucun problème. C’est le cowboy de Tchernobyl. +Bravo, il la connaissait ! +Au revoir, Messieurs-Dames. C’est ça, la puissance intellectuelle. Bac + 2, les enfants. +Oh, ça sent la pluie, ça. On va rentrer, et on va s’inventer une petite charade. Et là, il sera bien feinté. +J’espère que ce témoignage va vous faire progresser. Tous les moyens sont bons pour arrêter le meurtrier. +Écoute-moi bien, garçon. L’affaire Abitbol, c’est pas une affaire pour vous, et mon patron n’aime pas trop les fouineurs. +Alors, je vais te dire une chose. +Il y a de la boue qu’il vaut mieux pas la remuer ! +Mmh mmh mmh. +Qu’est-ce que tu dis ? +Non, je demandais si on n’avait pas reçu mes tricots de peau en polystyrène expansé. Je comprends pas, ils auraient dû être là. +Demande au standard. +Ah merci, on se sent vraiment aidé. +Oui, le standard, vous avez rien reçu pour moi ? +Vous commencez à faire chier, Professeur, vous savez ça ? Bon, quittez pas j’ai un appel pour vous. +Allô, oui, bonjour, Professeur Hammond. +Professeur, j’enquête sur George Abitbol, et je voudrais vous poser deux ou trois questions sur votre père, Joël Hammond. Je pourrais avoir votre témoignage ? +C’est bien. Actuellement, j’ai un léger problème de costume, je crois que mon tailleur se fout de ma gueule. Mais ça ne devrait pas tarder à s’arranger, je ne suis pas inquiet. Voyons-nous chez moi cet après-midi, mmh ? Vers cinq heures ? +Attendez, faut que je me souvienne de tout. Chez vous, vers cinq heures… Bon, je vais essayer de m’en rappeler, hein. +J’espère. +Purée ! Ah, ah, ça, j’aime ! Ah ah ah, vous arrivez, vous êtes même pas chez vous vous vous pointez avec trois quarts d’heure de retard, pas bonjour, pas merci, vous filez tout droit au frigo, vous prenez la dernière bière… +Ah ah, vous, vous êtes un sacré sans-gêne ! +Merci. Oh, arrêtez, vous me gênez, je vais rougir. +En réalité, j’aimerais que que vous me parliez de votre papa. De Joël Hammond, c’est possible ? +Bien sûr, c’est possible. +Je vais vous raconter une histoire pas banale. +Une fois, je devais rejoindre mon père Joël dans une carrière où il travaillait avec des ouvriers. +Vive la révolution d’octobre ! Il paraît qu’on a repéré des animaux préhistoriques partouzeurs de droite dans les parages. +Comment peux-tu croire des conneries pareilles ? +Juste avant d’arriver au chantier, je m’étais arrêté quelques instants pour faire boire mon cheval. +Oh, oh, oh. +Regarde ! +Joël, n’y va pas, reste ici ! +Je reviens, je dois y aller ! +Aye, aye ! +Ouais ! +Eh ben, on l’a bien eu. +Je déteste les animaux préhistoriques partouzeurs de droite, bordel ! C’est de la merde. Mélanger comme ça partouze et politique… C’est mieux de faire les choses dans l’ordre ! +Va te faire branler, trotskard. +Voilà, et mon père vous allez me demander où il était pendant que nous on se battait ? Nan ? +Dites-moi, votre père, où il était pendant que vous vous battiez ? +Ah ah ah ah, Joël ? Mais il a fait comme à chaque fois qu’il y avait du grabuge ! Joël ? Ah ah ah ah ! +Aujourd’hui il est mort. Dieu ait son âme. Oh, je peux pas dire de mal mais pendant que nous on risquait notre vie contre les animaux préhistoriques partouzeurs de droite lui, comme à son habitude, il allait s’isoler dans la montagne. +Personne n’a jamais su ce qu’il faisait, d’ailleurs. +Ça daube, ça daube ! +S’il vous plaît, je peux vous parler, Madame ? +Appelez-moi Christelle. +Mon mari est absent. Vous voulez voir mes fesses ? Et ensuite, je vous roulerai une pelle ? +Merci Madame, ce serait avec plaisir, mais d’abord je dois vous questionner. +Comme vous voudrez. Mais après, il faudra être mignon avec moi. +C’est bien. Je sais pourquoi vous êtes là. Vous cherchez quelqu’un qui aurait pu en vouloir à George, c’est ça ? +George… Je faisais l’amour avec lui depuis le samedi après-midi jusqu’au vendredi soir. À ce moment-là, c’était un bon compagnon. +Tu voulais me voir, chérie ? +Oui, je voulais te voir. Je voulais absolument que tu sois là, je tenais à te présenter mon ex. +Oh, tu es lourde. +J’ai très bien entendu. +Bon, excuse-moi. +T’avise pas de recommencer. Yves, je te présente George, l’homme le plus classe du monde. George, je te présente Yves, mon ex. +C’est lui, George ? +Eh bien bravo. Permets-moi de te demander ce que tu fais avec un mec pareil. +Blablabla, j’ai les bonbons qui collent au papier. +Mon cher Yves, je vais te dire pourquoi je suis avec George. J’aime les hommes qui ont de la classe. +J’ai envie d’aller aux gogues. +Encore que parfois, il arrive que les apparences soient trompeuses. +Pauvre Christelle. Ton mec, je vais lui massacrer la tête. Mais pas tout de suite, non, pas maintenant. +Quand il s’y attendra pas. +Pas très très courageux. +J’en ai rien à foutre, d’être courageux. Ce que je sais, c’est qu’il va payer. +Que ce soit demain, ou même dans vingt ans, il va mourir. +Et il mourra pas de sa belle mort, crois-moi. +Tu préfères pas qu’on fasse la paix, plutôt ? +C’est tout ce que tu as à dire ? Fais quelque chose ! +Et qu’est-ce que tu veux que je fasse ? +Je sais pas, moi, va te battre. C’est notre honneur qui est en jeu. +Si c’est notre honneur, vas-y toi, te battre. +George finit par se lasser de moi, alors il est parti avec une Québécoise. Une belle petite salope. +À propos de salope, tout à l’heure, avant que vous commenciez votre histoire, vous m’aviez proposé de… comment dire… de faire le… j’aimerais bien passer à l’acte sexuel. +Oh, je ne sais pas… +Écoutez… +Oui, oui. +J’ai plus beaucoup de temps… +Moi non plus. +Alors il faut que vous preniez une décision. Moi je suis à bloc. Dites-moi si c’est oui ou si c’est non. +C’est non. +Allô Steven ? +Bouge pas, Dave, Peter te prend sur l’autre ligne. +C’est bon. +Bien. Faisons un point. Je vais voir Yves dans son restaurant ça se passe plutôt mal. +Quoi ? Tu es pas mort. +Je me suis fait avoiner. Je me suis fait casser la gueule par un mec, une brute. Il voulait que je parle, mais j’ai rien dit du tout, j’ai pas dit où en était l’enquête, malgré la douleur. +Encore heureux que tu aies pas dit où en était l’enquête, parce que vu qu’on en est au point zéro, si tu l’avais dit on passait pour des busards. +Pourquoi Yves t’envoie son gorille alors que d’après son témoignage il est innocent ? +C’est ça, c’est à n’y rien comprendre, même en y réfléchissant bien ! Un mec que rien ne permet de soupçonner m’aiguille sur Joël, le rival de George, puis me fait dérouiller par son homme de main. Pourquoi ? +Oui, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? +Les enfants, écoutez. Je crois que j’ai le fin mot de l’histoire. Suivez bien. George Abitbol s’est fait assassiner par Yves. Le mobile : une femme, Christelle. Sexe plus histoire de cul égalent meurtre. +Bien joué Peter, l’enquête touche à sa fin ! On va devenir célèbres ! +On va bientôt niquer, on va bientôt niquer ! +Smack ! Mettez des capotes. +Gorge Profonde ? Gorge Profonde ? +Gorge Profonde, vous avez demandé à me voir ? Vous avez des révélations ? +Oui. +J’ai des révélations d’une importance extrême. George Abitbol est pas crevé. Il est même vivant et pff… +Mais vous êtes ivre, Gorge Profonde, vous empestez, vous ne savez plus ce que vous dites. Abitbol est mort. +Pas du tout du tout. George est vivant. Et il est revenu en ville. +C’est moi qui te le dis, petit merdeux, va. George il est bien vivant, merde. Et il est revenu pour se venger. Voilà. Et l’assassin de George, eh ben c’est Yves. +Ça, on le savait. +Monsieur Je-sais-tout ! Eh bien puisque t’es si malin, tu vas te démerder tout seul. +Et moi, ma gorge profonde, je m’en vais la remplir derechef. +Qu’est-ce que c’est ? Il y a des voitures dans les parkings maintenant ? +Je te connais pas, j’ai rien contre toi, mais il faut que je tape sur quelqu’un. C’est pas de bol pour toi, sinon je garde tout en dedans et c’est pas bon, alors tiens ! +Le prends pas mal, mais tiens ! +Mais qu’est-ce que c’est que ce raffut ? +Alors, on peut plus chier tranquille ? +Abitbol, soi-disant l’homme le plus classe du monde ! +Du calme, Gaël, du calme. +Quoi du calme ? +Du calme. +Pourquoi tu dis ça ? +Babloche ! +Mais oui, je suis un bab, et alors ? Ça te défrise, vieux réac ? Parce que j’ai les cheveux longs, tu flippes pour ton confort bourgeois. Tu as un mauvais karma, frère, si tu supportes pas les cheveux. +Désolé papy, mais j’ai ma liberté d’expression capillaire. +Ça te fait chier, hein, dis-le, George. +Ah ! Putain tu es nul ! +Messieurs, George Abitbol. +George ! +Mais tu es vivant. +Un miracle ! Il marche ! +Bon, on va pas en faire un fromage. Je m’en suis sorti sans problème. C’est pas vrai, cette affaire. Qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que c’est ce pataquès ? Je suis là pour une raison précise. +Je veux l’adresse de l’homme qui a voulu me tuer. +Yves ? +Ouais. +OK, j’imagine l’état dans lequel vous devez être. +Mais comportez-vous en bon américain, George. Faites honneur à votre drapeau. +Vous devez laisser la justice faire son boulot. +Croyez-nous, on aimerait bien vous aider. Seulement, on l’a perdue, cette adresse. +Alors même, on voudrait vous la donner, qu’on pourrait pas. +Mais vous me prenez pour une buse ? Je suis l’homme le plus classe du monde, bande de cons. +Du calme, Abitbol. +Vous méritez même pas que je m’énerve. Je vais me débrouiller sans vous. Merci pour votre aide. +Il a vraiment pris la grosse tête. +Alors George, qu’est-ce que tu veux comme tuyau ? +Trouve-moi l’adresse du type qui a voulu m’assassiner. Ça me fera plaisir. +Tu sais, je commence à en avoir plein le cul. +Ouais, plein le cul. Non, mais c’est vrai. +C’est pas une raison, parce que je donne à tout le monde des bons tuyaux, que je mérite pas un peu d’amour. +Tu as raison Huggy, je t’aime. +Ah oui ? C’est pas croyable. Il faut que je m’énerve, que je te fasse mon numéro, pour que tu me le dises ? +Hin hin hin hin, tu nous fais ta crise ? Ta petite parano ? Hin hin hin hin. +Hé, pour le feu, merci pigeon. +Et toi, ton tuyau tu as qu’à te le mettre dans le cul. +Huggy, j’ai vraiment besoin de toi. S’il te plaît. Donne-moi l’adresse d’Yves. +D’accord, mais seulement pour du fric. +Ça te coûtera 30 francs. +Ouais. +Payables en deux fois. 15 francs avant, 15 francs après. +Allez ! (Ils courent vers l’ascenseur.) Patron, patron ! Il faut qu’on vous parle, vite ! +Vous savez que George sort de mon bureau ? +Rien à foutre de ça, il y a plus important. +George Abitbol est vivant, bien vivant. +Bien joué, les gars. +Yves ? C’est moi, George. +T’inquiète pas, je ne te ferai rien. Je suis venu pour faire la paix, pas dans un esprit de vengeance. +Je sais que c’est toi qui as essayé de m’assassiner. Je sais aussi que tu t’es jamais remis de l’histoire de Christelle. +Mais c’est du passé. Tournons-nous plutôt vers l’avenir. Ce que je veux c’est que tu t’excuses gentiment. +Ouais, je m’excuse. +Excuse-toi mieux que ça. +Ben, euh, pardon, euh, je te prie de m’excuser. +Pardon mon doux seigneur. +Pardon, mon doux seigneur. +Éteins ta clope. +Monsieur Peter ! +Quoi ? +Tenez, vous avez un message de Dave. +Vous avez une clope ? Merci. +Il est parti chercher George dans l’hôtel de Yves. +Hum. +Merci pour la clope, grosse vache. +Bonne journée ! +Merci. +Dites-moi, vous pouvez me donner l’heure, s’il vous plaît ? +Oui, neuf heures une. +Oh, vous êtes précis, vous. +Oui. Vous voulez niquer avec mon ami et moi ? +Ben oui, pourquoi pas ? +Répétez ce que vous venez de me dire ? Vous avez bien dit « Oui, pourquoi pas ? », c’est bien ça ? +Oui, exactement. +Suivez-moi. C’est quoi votre prénom ? +C’est Sophie, mais tout le monde m’appelle Sosso. Mais… mais qu’est-ce que j’ai dit ? +Il faut que je vous présente Steven. (Il l’emmène vers Steven.) Steven ! Laisse tomber ce connard. Victoire, vieux, victoire ! Viens voir par ici, viens ! Madame Sosso, je vous présente Steven. Steven, madame Sosso. +Mademoiselle. +Asseyez-vous. Tiens, prends une chaise. Dites-lui ce que vous venez de me dire. +Eh bien je lui ai dit que je voulais bien niquer avec vous. +Tu entends ça ? Qu’est-ce que tu en dis ? +Outch. +Et en plus, on n’est pas célèbres, on n’a pas publié encore une seule ligne ! Alors pourquoi ? +Ben parce que je m’en fous, de ça. J’ai pas de problème. +Vous avez l’air tous de tomber des nues. +Vous pouvez pas savoir ce que ça représente pour nous. +Je flashe. +Si je comprends bien, on s’est tapé une enquête super dure alors que si on vous avait rencontrée avant, on aurait pu niquer tout de suite sans même être célèbres. +Alors que moi, pendant ce temps-là, je me la suis donnée grave. +Allez ! (Ils courent vers l’ascenseur.) Patron, patron ! Il faut qu’on vous parle, vite ! +On veut savoir si on peut prendre notre après-midi. +C’est-à-dire qu’on a un plan, là. +Attendez les gars. +On sait pas encore ce que veut dire « monde de merde ». +« Monde de merde », « monde de merde »… Ah oui ! +Mais Dave est parti chercher George. +Comme ça, dès qu’ils reviennent, on demande à George d’expliquer « monde de merde ». +OK les gars. +Ça va bien, Monsieur Abitbol ? Vous avez passé une bonne nuit, sans être indiscret ? +Au poil. Et tu es pas indiscret. Je suis majeur, et je fais ce que j’ai envie de faire avec mon petit corps. +Dites-moi, pendant que je vous tiens, là, ça veut dire quoi « monde de merde », sans être indiscret ? +Tu te réveilles à 35 ans pour te demander ce que ça veut dire « monde de merde » ? C’est pas que tu es indiscret, c’est juste que tu es un con. +En disant « monde de merde », j’ai voulu dire que le monde allait mal. C’est un cri de révolte que j’ai lancé à mes frères opprimés. +Finissons-en avec la résignation et l’indifférence. +Ouvrons les yeux ! Partout l’injustice, le nationalisme, l’exclusion, ça me débecte. +Tu as déjà entendu parler de l’hégémonie du grand capital ? +Nan. +Tu t’intéresses pas à la politique. +Ben tu devrais. Faut se mettre au travail, afin de vaincre les fanascismes. +C’est un concept à moi, ça dénonce à la fois les fascistes et les fanatiques. +Merci Monsieur Abitbol, vous m’avez ouvert les yeux. +Regarde plutôt la route. +Ah, monde de merde ! +Ouais moi aussi j’ai bien envie de le dire. Monde de merde